La Voie du Ciel, selon le Tao Te King, est limpide et subtile comme l'air ensoleillé. Mais au non initié elle demeure aussi nébuleuse que le saint. C'est qu'il est difficile de discerner
l'invisible par-delà le visible. Et la Voie du Ciel se tient plus haut que le ciel même, qui se règle sur elle.
Exposer la Voie requiert d'arracher l'homme aux perceptions communes : que son intellect s'égare donc dans l'inattendu du paradoxe. Ainsi brisé, le chercheur sera conduit plus loin que la parole,
jusqu'à l'innommable. Parti du distinct manifesté, il pénètrera dans l'indistinct non manifesté. Là, il se maintiendra dans une communion intime avec la vie universelle : il s'y alimentera de son
courant constant, délivré du retour spéculatif qui gauchit et même brise la réalité.
Dans le langage de la manifestation, le mode idéal d'expression du réel est le couple. Il ne fausse pas la réalité sous le prétexte sécurisant d'une unification d'inconciliables. Il ouvre sur
l'au-delà. La Voie, innommable - généreuse - a donné vie au couple ciel-terre. Ce souffle fondamental a lui-même soufflé tous les êtres humains. De l'innommé provient le nommé; du "n'ayant pas"
provient l' "ayant". Son altérité essentielle fait que le couple ciel-terre "demeure à jamais" parce que chacun des deux éléments vit pour l'autre.
Partant de l'insondable pour descendre dans le manifesté et retourner à l'insondable, le premier chapitre du Tao Te King épouse le mouvement même de l'univers. Il énonce ce qu'est le monde dans son
essence tout en indiquant un chemain vers ses profondeurs. Il est à la fois métaphysique, éthique et normatif. La conduite de l'homme y provient d'une conformité à l'Etre même du cosmos. Elle
ne saurait être soumission servile à une loi artificielle. Vivre dans la constance radicale de l'univers c'est vivre vraiment. Etabli dans cette ferme quiétude, le saint sourit.
Derniers Commentaires